L'avenir du codec vidéo AV1, conçu pour être une alternative ouverte et sans redevances à des solutions comme HEVC/H.265, est soudainement devenu incertain. Dolby Laboratories a intenté une action en justice contre Snap Inc. (Snapchat), une démarche qui soulève des questions importantes quant à la véritable nature "libre de droits" de ce format prometteur.

Pour rappel, AV1 (AOMedia Video 1) a été développé par un consortium d'entreprises technologiques de premier plan, regroupées au sein de l'Alliance for Open Media (AOMedia). Parmi ses membres figurent des géants tels qu'Amazon, Apple, Google, Microsoft, Mozilla et Netflix. L'objectif principal était de proposer un codec vidéo performant, moderne et, surtout, accessible à tous sans avoir à s'acquitter de coûteuses licences. L'Alliance a toujours affirmé avoir développé AV1 sous une politique de brevets "royalty-free" (Alliance for Open Media Patent License 1.0), et que le standard est soutenu par des implémentations de référence de haute qualité sous une licence simple et permissive (BSD 3).

La plainte déposée par Dolby remet directement en cause cette promesse. Les détails spécifiques de l'accusation n'ont pas été entièrement divulgués, mais elle porte sur une supposée violation de brevets liés à la technologie AV1. Ce qui est particulièrement préoccupant, c'est que des litiges similaires ont déjà touché le codec HEVC/H.265. Des détenteurs de brevets importants, comme Nokia et InterDigital, ont poursuivi de nombreux fournisseurs de matériel et de services de streaming pour obtenir des redevances sur l'utilisation de technologies brevetées jugées essentielles à HEVC. Ces batailles juridiques ont considérablement compliqué et renchéri l'adoption de HEVC.

Il est relativement rare de voir une action en justice intentée concernant l'implémentation d'AV1. Si Dolby obtient gain de cause, cela pourrait créer un précédent dangereux et potentiellement dissuader d'autres entreprises d'adopter AV1. Cela pourrait également conduire à des demandes de licences, ce qui irait à l'encontre de l'objectif initial de ce codec.

Cette affaire soulève des questions cruciales sur l'avenir des codecs vidéo open source. Si même un codec développé par un consortium aussi puissant que AOMedia peut être sujet à des litiges de brevets, cela pourrait remettre en question la viabilité du modèle "royalty-free" dans l'industrie vidéo. Les prochains mois seront déterminants pour l'avenir d'AV1 et, plus largement, pour l'avenir de l'innovation ouverte dans le domaine des codecs vidéo. Nous suivrons de près l'évolution de cette affaire et vous tiendrons informés des développements à venir.

L'issue de ce procès aura un impact significatif sur les créateurs de contenu, les plateformes de streaming et les fabricants d'appareils électroniques, qui cherchent tous à adopter des technologies vidéo efficaces et abordables. L'espoir est que la promesse d'un codec vidéo véritablement open source puisse être maintenue, mais l'incertitude plane désormais.